François Villon Épître à Marie d’Orléans (Le dit de la naissance Marie) Paroles

Jam nova progenies celo demittitur alto.

(Une race nouvelle nous est envoyée du haut des cieux,

Virgile, Égl. IV, 7)

O louée conception

Envoyée ça jus (1) des cieux,

Du noble lys digne scion,

Don de Jésus très précieux,

MARIE, nom très gracieux,

Font (2) de pitié, source de grâce,

La joie, confort de mes yeux,

Qui notre paix bâtit et brasse ! (3)

La paix, c’est assavoir, des riches,

Des pauvres le sustentement,

Le rebours des félons et chiches,

Très nécessaire enfantement,

Conçu, porté honnêtement,

Hors le péché originel,

Que dire je puis saintement

Souvrain bien de Dieu éternel !

Nom recouvré, joie de peuple,

Confort des bons, des maux retraite ;

Du doux seigneur première et seule

Fille, de son clair (4) sang extraite,

Du dextre côté Clovis traite ; (5)

Glorieuse image en tous faits,

Ou haut ciel créée et pourtraite

Pour éjouir et donner paix !

En l’amour et crainte de Dieu

Es nobles flancs César conçue,

Des petits et grands en tout lieu

A très grande joie reçue,

De l’amour Dieu traite, tissue,

Pour les discordés rallier

Et aux enclos (6) donner issue,

Leurs liens et fers délier.

Aucunes gens, qui bien peu sentent,

Nourris en simplesse et confits,

Contre le vouloir Dieu attentent,

Par ignorance déconfits, (7)

Désirants que fussiez un fils;

Mais qu’ainsi soit, ainsi m’aît Dieux, (8.)

Je crois que ce soit grands proufits. (9)

Raison : Dieu fait tout pour le mieux.

Du Psalmiste je prends les dits :

Delectasti me, Domine,

In factura tua, (*) si dis:

Noble enfant, de bonne heure né, (10)

A toute douceur destiné,

Manne du Ciel, céleste don,

De tous bienfaits le guerdonné, (11)

Et de nos maux le vrai pardon !