François Villon Épître à Marie d’Orléans (suite et fin) Paroles

Œuvre de Dieu, digne, louée

Autant que nulle créature,

De tous biens et vertus douée,

Tant d’esperit (1) que de nature,

Que de ceux qu’on dit, d’aventure,

Plus nobles que rubis balais ; (2)

Selon de Caton l’écriture :

Patrem insequitur proles. (*)

Port assuré, maintient rassis,

Plus que ne peut nature humaine,

Et, eussiez des ans trente-six,

Enfance en rien ne vous demaine. (3)

Que jour ne le die (4) et semaine,

Je ne sais qui me le défend.

À ce propos un dit ramène :

De sage mère sage enfant.

Dont résume ce que j’ai dit :

Nova progenies cœlo, (**)

Car c’est du poète le dit,

Jamjam demittitur alto. (***)

Sage Cassandre, belle Écho,

Digne Judith, caste (5) Lucresse,

Je vous connois, noble Dido,

À ma seule dame et maîtresse.

En priant Dieu, digne pucelle,

Que vous doint (6) longue et bonne vie ;

Qui vous aime, ma damoiselle,

Jà ne coure sur lui envie. (7)

Entière dame et assouvie, (8.)

J’espoir de vous servir ainçois, (9)

Certes, se Dieu plait, que devie (10)

Votre pauvre écolier François.