Henri de regnier le miroir paroles



Les Dieux m'aiment, Passant; c'est pourquoi je suis morte


Dans l'éclat parfumé de ma jeunesse en fleur;


Jusqu'au trépas ma joue a gardé sa couleur,


Et mon corps est léger au destin qui l'emporte.


Que le printemps sans moi reparaisse, qu'importe!


Ne crois pas que mon sort mérite quelque pleur


Parce que, quand viendra l'été lourd de chaleur,


Je ne m'assoirai plus sur le seuil de ma porte.


Je ne regrette rien de la clarté du jour.


J'ai vu ta face, ô Mort, et ton visage, Amour !


A qui fut doux l'amour, la mort n'est pas cruelle.


Je descends vers le Styx et non vers le Léthé,


Car, pour me souvenir que, là-haut, je fus belle,


N'ai-je point le miroir où riait ma beauté?


(1923)